Une expat réussie en s’investissant dans 2 projets bénévoles!

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Crédit photographique – Women’s Forum

Sociologue de formation, Bénédicte a un parcours professionnel d’une vingtaine d’années dans le secteur académique, elle a notamment été maître de conférence en sociologie à Sciences Po et enseignante en sociologie et d’anthropologie en écoles de sages-femmes. Parallèlement à son activité professionnelle, elle était aussi très investie dans un réseau professionnel de femmes en France et a toujours aimé travailler avec les jeunes. Arrivée en Afrique du Sud en octobre 2015, elle pensait pouvoir exercer dans les universités, mais son projet s’est révélé assez compliqué car les universités sud-africaines étaient en crise profonde. Le bénévolat lui permet de s’investir dans 2 projets passionnants, avec des missions très différentes, et de s’implanter dans le tissu local Sud Africain.

Quels sont ces 2 missions bénévoles dans lesquelles tu t’es investie aujourd’hui?

Je me suis investie dans le bénévolat dans deux directions. Tout d’abord dans Sizanani, une association s’occupant de lycéens des townships, puis en créant Work In The City Johannesburg, un réseau professionnel de femmes francophones.

DSC_0425En arrivant à Johannesburg, parallèlement à ma recherche d’emploi, j’ai décidé de m’investir dans le bénévolat. Je voulais rencontrer des gens des townships et les aider, les inégalités étant toujours très prégnantes en Afrique du Sud même vingt-cinq ans après la chute de l’apartheid. Je me suis dit que ce serait une bonne idée d’apporter ma petite pierre, pendant le temps où je serais sur place. J’ai cette idée saugrenue que si chacun y met du sien, le monde sera plus juste et plus tolérable. Il y a beaucoup de possibilités en Afrique du Sud. Ayant travaillé avec des étudiants de première et deuxième année dans mon parcours en université, j’avais très envie de rencontrer des jeunes parce que c’est un âge où tout est possible, où l’esprit est en éveil, curieux de tout, et où des choix cruciaux se posent.

J’ai découvert l’association Sizanani via Jobourg Accueil, l’association française de Johannesbourg. Le projet m’a tout de suite plu : il s’agit de mentorer des élèves des lycées du township d’Alexandra pour les aider dans leurs deux dernières années avant l’examen de fin d’études secondaires et les aider à intégrer l’université, leur ouvrant les portes d’un emploi. Cet accompagnement est d’autant plus crucial que les élèves ont généralement des parents qui n’ont pas fini leurs études secondaires, et qui ne peuvent aider leurs enfants dans ce projet. Il s’agit aussi de donner aux mentorés des « soft skills», des codes culturels, qu’ils ont du mal à acquérir dans leur expérience familiale ou au lycée. J’ai choisi de mentorer deux lycéennes, que je vois une fois par mois, et rejoint l’équipe qui aide la responsable de l’association dans l’animation du groupe. J’ai notamment dépouillé les questionnaires et les lettres de motivation des futurs mentorés et organisé des sorties collectives.

Côté Work In The City JHB, l’idée de créer le réseau m’est venu après six mois de recherche d’emploi infructueuses. Ayant été à la tête d’un réseau de femmes en France, j’avais constaté que c’était un bon moyen d’échanger des informations et des expériences et de s’entraider. J’ai donc lancé un appel sur le groupe FB de la communauté française pour tester l’idée d’un réseau professionnel. Ayant recueilli cent réponses positives en deux jours sur la nécessité de créer ce réseau, je me suis lancée. Forte de ma précédente expérience, j’ai commencé à organiser une puis deux rencontres mensuelles, toujours autour de professionnels bien intégrés dans le monde économique sud-africain pour nous aiguiller sur les méandres du marché de l’emploi sud-africain. Nous abordons trois thèmes principaux dans nos rencontres : connaître le monde économique sud-africain ; intégrer le monde professionnel sud-africain ; réfléchir sur nos parcours professionnels. L’expatriation, par le décentrement qu’elle suppose peut être un moment propice à réfléchir sur une inflexion de parcours professionnel, et sur le sens qu’on veut lui donner. Aujourd’hui il y a plus de trois cent membres!

Quelles sont les compétences nécessaires pour pouvoir exercer ces missions?

Pour Sizanani, un bon sens de l’organisation suffit… Les bénéfices de cet investissement sont plus personnels que professionnels. C’est une ouverture extraordinaire sur une partie de la société sud-africaine à laquelle je n’aurais pas eu accès autrement. Les sorties et les échanges avec mes mentorées me permettent de mieux comprendre le fonctionnement de cette société à deux vitesses et ses défis. La lecture des questionnaires de ces lycéens, si émouvants dans leur volonté de devenir « celui/celle de la famille qui va briser le cycle de la pauvreté, celui qui aura un diplôme et un emploi » m’a véritablement ouvert les yeux mieux que la lecture théorique d’articles sociologiques ou anthropologiques. Lorsque vous voyez marqué noir sur blanc qu’il est courant de vivre à six ou huit dans une à deux pièces, et que souvent pour nourrir ces six à huit bouches il n’y a au mieux qu’un seul salaire, cela vous fait relativiser un certain nombre de tracas…

Pour Work In The City, un bon sens de l’organisation, de la communication, et quelques idées !

Rencontres-tu des difficultés dans ces expériences?

Pour Sizanani, le plus difficile est de ne pas se laisser décourager en se disant qu’on ne pourra pas changer le cours des choses, que les déterminismes sont trop forts, que ce qu’on apporte est anecdotique. Je ne sais pas si mes mentorées pourront réellement réaliser leur rêve d’un diplôme d’université, mais je crois que les moments que nous aurons passé ensemble les aiderons à avoir une perspective un peu différente sur le monde, et peut-être plus de confiance dans leur capacité à faire bouger les choses.

Pas de difficulté majeure pour Work In The City… J’ai constitué une équipe depuis le début de l’année 2017 et nous allons nous structurer en association pour pouvoir gérer plus facilement les problèmes logistiques. C’est super de pouvoir travailler en équipe et de ne plus être seule à porter le projet que j’aimerais voir se pérenniser quand je quitterai le pays !

Un conseil pour ceux qui hésitent à se lancer dans un projet bénévole? 

C’est une excellente façon de voir un autre aspect du pays dans lequel on arrive. Pour moi qui suis arrivée sans enfant, c’est un élément de socialisation extraordinaire et une ouverture rare. Et puis se sentir utile, c’est très gratifiant. La confiance que me témoignent mes mentorées, mais aussi les marques d’appréciation que je reçois de celles et ceux pour lesquels j’anime Work In The City sont des encouragements permanents et m’ont permis de me sentir bien très vite dans ma nouvelle vie !

Une anecdote à nous partager de cette expérience? 

J’ai amené mes deux mentorées voir l’exposition Matisse (mon peintre préféré) à la Standard Bank Gallery à Johannesburg. Cela a été une après-midi fantastique. J’ai adoré leur enthousiasme et la facilité avec laquelle elles ont adhéré à cette peinture quasi abstraite, malgré le fait qu’elles n’avaient jamais été à une exposition de peinture de leur vie. Nous avons eu un très beau moment de partage.

Pourquoi était-il important pour toi de partager cette expérience avec les membres d’Expat Value?

Parce qu’il y a beaucoup d’interrogations pour les gens qui s’expatrient. Il y a à la fois cette envie de tenter une aventure familiale, de changer de vie, d’échapper à la routine, mais aussi cette angoisse de savoir si on va se faire à sa nouvelle vie, comment on va y trouver un sens. Avoir les témoignages d’autres qui sont passés par les mêmes affres, leur retour d’expérience peut être très bénéfique et éviter le blues et le mal du pays! A mon sens, l’un des intérêts de l’expatriation, c’est d’être implantée dans le tissu local et ne pas uniquement vivre dans sa propre communauté. Pour cela, donner du temps via le bénévolat est une ouverture extraordinaire et très riche.

 

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