Le métier de Correcteur/Relecteur, vous connaissez ?

Rapport d'analyseOn connaît bien les métiers d’écrivain, d’éditeur, de responsable éditorial, de rédacteur, mais le métier de correcteur/relecteur est souvent méconnu. Et pourtant, l’étape de relecture-correction est très importante dans la réalisation d’un livre, la publication d’un article (que ce soit papier ou sur le web). C’est le moment dans le processus d’écriture où l’on prend soin de notre langue, de ses codes, de son orthographe, de sa syntaxe.

Mais concrètement, que fait le correcteur/relecteur ?

Mireille H. : La mission du correcteur est de s’assurer que le document qui lui est confié sera formellement irréprochable, et répondra aux nombreuses conventions orthotypographiques. La seule préoccupation du correcteur est que le message véhiculé par le texte ne soit altéré par aucune coquille, faute d’inattention, inversion de lettres ou ponctuation qui, mal placées, peuvent modifier en profondeur le message. De même, une mise en page mal choisie rendra le texte difficilement lisible donc difficilement compréhensible.

Il ne s’agit pas de s’offusquer ni de sauter à la gorge de chaque coquille que l’on peut trouver dans les mails, les post Facebook ou plus généralement sur les réseaux sociaux, où l’instantanéité du message est privilégiée au détriment de sa forme.

Personne n’est à l’abri des erreurs et des multiples pièges de la langue française ! Pas même le correcteur… C’est la raison pour laquelle il s’appuie sur une riche bibliographie professionnelle qu’il s’est approprié au fil de ses travaux. Le correcteur sait où chercher les erreurs, mais il remet constamment en question ses connaissances et ses certitudes. C’est à ce seul prix qu’il abordera le texte en toute conscience, signe par signe, à la différence de son auteur, qui, à force de le travailler, le survolera plus qu’il ne le relira.

Mais, tout en tenant compte des conventions, le correcteur doit aussi savoir se montrer suffisamment souple pour intégrer un nouveau vocabulaire, une marche éditoriale ou une charte graphique appliquée par le rédacteur.

Principalement, deux niveaux de relecture-correction sont proposés : la relecture simple, qui porte sur la ponctuation, les coquilles, la grammaire, la conjugaison, l’orthographe et la typographie. La lecture approfondie enrichira cette première relecture d’une attention toute particulière à la tournure des phrases ; des propositions seront alors faites, soumises à l’approbation du rédacteur.

Contrairement au correcteur automatique de word, ou aux logiciels de correction qui ne repèrent que les fautes d’orthographe, de conjugaison ou de grammaire (et encore, rarement de façon entièrement satisfaisante), l’œil humain repère les erreurs de style et se concentre sur la clarté de l’expression et la cohérence du texte, tout en veillant à rester fidèle au style de l’auteur.

Pour qui travaille-t-on quand on est correcteur/relecteur ?

Mireille H. : On imagine aisément la valeur ajoutée d’un travail de relecture-correction professionnelle pour une agence de traduction ou pour une maison d’édition, qui ne peut pas se permettre de publier des ouvrages truffés de coquilles. Mais, je ne sais pas pourquoi, on a plus de mal à situer l’intérêt de ce type d’intervention professionnelle pour une collectivité, une entreprise – quelle que soit sa taille – une agence de voyages, une agence de communication ou tout autre organisme de formation continue, par exemple.

Finalement, dès qu’un écrit est publié, diffusé sous forme papier ou numérique, il devrait faire l’objet d’une relecture-correction ; en effet, c’est le premier lien qui est établi avec le public, la cible commerciale des entreprises, les lecteurs de blogs, les investisseurs, etc. Pour une entreprise, une orthographe aléatoire dans ses supports de communication la présente sous l’angle désastreux d’un manque de sérieux, de professionnalisme et de rigueur.

Il ne faut surtout pas sous-estimer la forte valeur ajoutée d’un travail de relecture-correction professionnelle qui aidera l’entreprise à renforcer sa crédibilité aux yeux de ses futurs investisseurs et clients !

Est-il nécessaire de faire une formation ?

Mireille H. : La formation que j’ai suivie m’a appris la rigueur, à me méfier de mes certitudes, à maîtriser le code orthotypographique et à approfondir des règles que je croyais maîtriser.

Cette période d’apprentissage m’a fait un bien fou et m’a ouvert les yeux sur les mauvaises habitudes de rédaction que l’on peut prendre au cours de notre vie professionnelle, par manque du temps nécessaire à la prise de recul.

Nombre de rédacteurs, auteurs, bloggeurs ou communicants considèrent souvent, après avoir passé leur texte au filtre du logiciel automatique et/ou de la cousine « douée en orthographe », ne pas avoir besoin de faire appel à un correcteur professionnel. Tous les heureux propriétaires de truelles ne sont pourtant pas maçons ! Naturellement, le choix de faire appel ou non à un professionnel dépend du temps imparti et du budget alloué au projet. Mais la valeur ajoutée en termes de crédibilité et de clarté du message ne doit pas être négligée dans ce choix.

Portrait d’un correcteur/relecteur: Mireille Heurtebize. 

miMireille est arrivée en septembre 2016 pour sa première expatriation au Royaume Uni à Bristol. Elle nous raconte comment elle a préparé cette expatriation en se formant pour devenir correcteur/relecteur.

Expat Value : Bonjour Mireille, en France tu travaillais dans la branche culturelle de la Fonction Publique et plus précisément comme archiviste auprès des collectivités territoriales. Comment t’est venue l’idée de te réinventer ?

Mireille H. : Issue d’une formation universitaire littéraire puis une formation professionnelle dans la documentation et après quinze années dans le domaine culturel, j’ai acquis une conscience très aiguë de la valeur de l’écrit. A l’occasion de mon expatriation, je me suis demandé de quelle manière je pouvais mettre cette sensibilité au service du plus grand nombre. J’aurais pu choisir d’exercer une activité anglophone dans mon pays d’accueil, cela aurait certes été bien plus pertinent (et plus simple ?) Mais je ne souhaitais pas perdre ce lien avec la langue française et mon goût indéfectible pour l’écrit ! L’expatriation est donc l’opportunité de donner forme à ce projet de réinvention et de le développer.

Expat Value : Peux-tu nous parler de la formation que tu as suivi avant ton départ?

Mireille H. : J’ai suivi par correspondance la formation au métier de correcteur du Centre d’écriture et de communication (CEC), dont le siège est à Paris. La formation recouvre l’ensemble des règles encadrant l’usage écrit de la langue française : l’orthographe, la ponctuation, la grammaire, la syntaxe, et les règles typographiques (l’usage des capitales, de l’italique, des lettrines, l’écriture des nombres, des mots étrangers, des abréviations et l’utilisation des espaces). A l’issue de cette formation non-diplômante, nous sommes capables de proposer des services de relecture-correction professionnelle aux maisons d’éditions, agences de presse, entreprises, agences de communication, collectivités, particuliers, etc.Comme toute formation, cette formation est un premier palier vers la professionnalisation ; à moi de la poursuivre en relisant, en corrigeant, encore et toujours, sans relâche, avec passion !

La formation au métier de correcteur peut être complétée par une formation à la réécriture. Ce volet complémentaire m’intéresse vivement, mais le module, bien que possible à distance, se déroule davantage en présentiel. Il m’est donc, pour l’instant, difficile de le suivre.

Expat Value : Quels sont les clients qui font appel à tes services ?

Mireille H. : J’ai collaboré avec un établissement d’enseignement supérieur scientifique pour son magazine à destination des partenaires scientifiques, une web-rédactrice spécialisée dans le tourisme, une collectivité pour son magazine institutionnel, une autobiographie familiale, etc. Chaque mission confirme mon choix de réinvention, et j’attends avec impatience de découvrir les prochains textes qui me feront voyager !…

 

Interview réalisée par Blandine Lavaux

Pour en savoir plus sur Mireille Heurtebize: