Pauline D.: journaliste et bloggeuse à Singapour

pauline-dExpat Value: Bonjour Pauline, tu as fais des études de journalisme en France. Après avoir travaillé quelques années en France, tu es partie vivre à Singapour il y a 8 ans. Quelle est ton activité pro actuellement ?

Pauline D.: J’ai la grande chance de participer à l’aventure Singabuzz depuis trois ans et demi. Ce magazine en ligne créé par cinq femmes talentueuses a pour objectif d’informer la communauté francophone de Singapour de ce qui fait le sel de ce tout petit pays. Cela passe par des articles culturels, historiques, informatifs, gastronomiques, de voyage et aussi décalés, publiés quatre fois dans la semaine. Mon rôle au sein de l’équipe est essentiellement d’écrire des articles, et de réfléchir à des sujets pour apporter les informations les plus justes et les plus nécessaires aux lecteurs.

J’écris également des articles de blog depuis avril dernier pour Courrier Expat, la plate-forme de Courrier International spécialisée dans les problématiques de l’expatriation – immigration.

Expat Value: Que t’apporte cette nouvelle expérience de bloggeuse ? Parce que bloggeuse, journaliste, est-ce si différent ?

Pauline D.: Ecrire pour Courrier Expat sous l’étiquette « blog » constitue en effet une expérience inédite. Le format s’adresse à un public qui a priori ne connaît pas Singapour ; il faut donc leur amener des éléments sur le pays, sous forme d’histoires. C’est une nouvelle forme de journalisme, qui nécessite de se creuser la tête pour adapter les billets hebdomadaires à une lecture ludique. Je refuse en revanche d’étaler ma vie privée dans ces articles : le « je » cher aux bloggeurs n’est pas ma tasse de thé. Il me faut donc adapter des anecdotes vécues, partir du particulier pour parvenir au général, en évitant de tomber dans l’écueil facile des clichés ou le jugement facile des us et coutumes locaux. Le format du blog informatif rejoint le domaine du journalisme à mon sens : il délivre cette information, tout en exigeant un style abouti. L’expression écrite ne peut souffrir de la médiocrité, le choix des sujets non plus… C’est aussi un formidable outil pour laisser libre cours à sa créativité, à la différence de l’article classique où le rédacteur s’efface complètement derrière son sujet : le sempiternel débat sur l’objectivité impossible de la presse n’a pas le droit de cité dans un blog !

Expat Value: Aujourd’hui ton activité au sein de Singabuzz est bénévole. Quel est ton regard sur le bénévolat ? Considères tu que cette activité est quand même professionnelle ?

Pauline D.: Vaste question ! Cela fait huit ans que je suis bénévole professionnelle… Le bénévolat humanitaire a nourri la première partie de mon expatriation, avec des implications permanentes au sein de différentes associations. J’avais la chance de choisir de travailler ou non grâce au travail de mon mari et du temps ; j’ai adoré donner celui-ci pour des causes ou des projets qui en valent la peine. Je continue de ce côté-là, bien plus légèrement, mais régulièrement. Le bénévolat pour Singabuzz ne participe pas du même élan: je suis arrivée alors que le magazine était tout juste lancé, avec cette envie irrépressible d’écrire, de me prouver que je savais encore livrer un article ou réfléchir à un sujet.

Le bénévolat est une source infinie d’inspiration, que ce soit l’apprentissage de modes de communication nouveaux, la maîtrise d’outils de bureautique ou la compréhension des ressources humaines, sans compter les projets défendus. J’ai énormément appris via ces expériences, et suis toujours sidérée des compétences et talents professionnels que les bénévoles mettent au service des autres.

Le seul bémol de taille que je mets aujourd’hui est celui de l’épineuse question du salaire: il est difficile de dire « je travaille », ce qui est pourtant le cas, lorsque l’on ne reçoit aucun salaire. C’est d’autant plus compliqué pour moi que j’exerce pleinement mon métier, que ce soit pour Singabuzz ou Courrier Expat.

Expat Value: Quel (s) conseil(s) d’ordre professionnel, donnerais-tu à des personnes qui sont journalistes et qui décident de suivre leur conjoint à l’étranger ?

Pauline D.: Je conseillerai en premier lieu de maîtriser l’anglais oral et écrit, indispensable pour la pratique du journalisme quelle que soit la destination d’expatriation. C’est ce qui me manque cruellement aujourd’hui… Continuer à vivre de ce métier exigeant est ardu et cela nécessite de se préparer en amont en contactant les associations de correspondants à l’étranger, les rédactions françaises susceptibles d’être intéressées par le pays d’expatriation, les réseaux professionnels sur place. Et au-delà de tout cela, lire lire et relire sur l’histoire de son pays d’accueil afin de comprendre sa culture, découvrir la presse locale, visiter les musées, suivre des conférences, le tout afin de mieux toucher du doigt ce qui constitue l’identité de ce pays.

Expat Value: Et pour la route, tu nous partagerais une anecdote vécue comme journaliste ou bloggeuse ?

yellow durian  mon thong is king of fruits durian and  durian peeled fruit plate tropical durian on white background healthy durian fruit food isolatedPauline D.: Je devais faire pour Singabuzz un article sur le durian, ce fruit si cher aux asiatiques du Sud-Est, qui pue l’enfer et promet le paradis (ou pas) aux palais aguerris. J’ai donc rencontré Tommy, véritable fêlé du durian, capable d’en avaler cinq kilos par semaine. Le rendez-vous était dans un boui-boui obscur de Sembawang, un quartier très local et loin des circuits habituels des expatriés. Le stand de durian s’est révélé être LE spot des mangeurs compulsifs du fruit que l’on peut qualifier d’hostile, vu son aspect et son fumet éprouvant. Tommy était accompagné de sa femme, enceinte jusqu’aux yeux, et a pris deux heures pour me dévoiler toutes les subtilités de l’objet de sa passion, avec en clou de la conférence une dégustation épique où j’ai cru défaillir deux trois fois. La patron du stand avait rameuté ses copains pour observer la caucasienne venue goûter le durian et par la même occasion prendre des photos pour immortaliser cet instant visiblement rare dans ce coin. C’est comme cela que des amis ont découvert mon portrait dans un magazine en ligne local, machette à la main, prête à découper un énorme durian, un sourire forcé plaqué sur la figure. Tommy m’envoie depuis tous les mois des update sur les productions régionales de durian ; pour ceux que cela intéresse, j’ai trois ans de statistiques regroupées dans mon ordinateur.

Interview réalisée par Blandine Lavaux

Et en bonus, j’étais trop intriguée par cette histoire de Durian… alors je vous partage le blog de Tommy : www.pricklysensations.blogspot.sg