Zoe Deleu: de Directrice Artistique à Traiteur à New York

zoe-deleuExpat Value: Bonjour Zoé. Après des études de graphiste, tu as travaillé à Paris et New York comme Directrice Artistique. Après une pause pro, un passage en France puis à Londres, vous avez eu l’opportunité, avec ton mari, de revenir vivre à New York une deuxième fois. C’est à ce moment là que tu as décidé de te réinventer et devenir Traiteur à New York. Pourquoi ce changement de cap?

Zoé: Lors de notre retour à New York, il y a 7 ans, je n’avais pas de visa de travail, du coup je ne pouvais plus exercer mon metier de DA en free lance. La seul façon de pouvoir travailler était de me faire embaucher par une agence qui me ferait un Visa, mais je n’avais plus l’envie d’être a temps plein. Il s’est passé à peu près deux ans avant que je décide de changer de carrière. Un jour, une amie belge m’a proposé de faire le buffet pour une réception qu’organisait son mari avocat. J’ai sauté sur l’occasion! J’ai toujours aimé faire la cuisine et les grandes tablées ne m’ont jamais effrayée. J’ai adoré faire ça! Et, dès le lendemain, je me suis mise en tête de trouver un stage en cuisine.

 zoe-traiteurExpat Value: As-tu suivi une formation pour devenir traiteur?

Zoé: J’ai tout appris sur le tas. J’ai fais 2 stages dans des sociétés de « catering »/traiteur où j’ai pu me former sur le terrain.

Expat Value: Quelle démarche as-tu réalisée pour créer ton entreprise? Y a-t-il une législation spécifique aux Etats-Unis pour les métiers de bouche ?

Zoé: La toute premiere chose à faire est de monter une société, c’est très facile. Je me suis mise en S-corp. Mon comptable m’a aidée dans les démarches et en 48h ma société existait et j’en étais la Présidente!

Ensuite, cela devient bien plus compliqué… il y a un tas de licences et d’assurances à avoir. Il faut notamment:

  • une licence du New York Department of Health (un test de 140 questions à passer après avoir ingurgité un gros bouquin de règles et autres informations. Cela va de se laver les mains après utilisation des toilettes à la connaissance de la plomberie en passant par savoir par coeur la temperature de cuisson de chaque aliment!)
  • des assurances: notamment worker compensations, liability insurance et disability insurance
  • si vous servez de l’alcohol, il faut une liquor licence (valable uniquement pour les citoyens américains – pour ma part je n’ai pas encore la licence et certains lieux l’exigent ainsi que l’assurance qui va avec)
  • un catering permit auprès du New York Department of Health (en fait c’est la dernière démarche à faire car on a besoin des documents cités ci dessus)

Expat Value: J’imagine que tu as dû investir dans du matériel de professionnel. 

Zoé: Petit a petit j’ai acheté du matériel. J’ai loué une cuisine pendant un an, le seul enjeu était de pouvoir payer les $2000 de loyer mensuel. Il y a quelque mois, j’ai fais le grand pas et un gros investissement, j’ai ma propre cuisine! Je disposais de la moitié de la somme au départ mais les banques n’ont pas voulu me prêter le complément car mon entreprise n’a pas de credit History. Je suis passée par un emprunt personnel. C’est un peu stressant de passer ce cap car l’entrée d’argent n’est pas régulière… il y a des mois très buzy, d’autres moins.

table-zoeExpat Value: Tu as très vite connu du succés. Tu organises des diners de 20 à 150 personnes et aujourd’hui tu gères des cocktails party jusque 400 personnes, des mariages, des défilés de mode et des évènements professionnels? Comment arrives-tu à te faire connaitre?

Zoé: Le bouche à oreille, les réseaux sociaux…. Mais il est vrai que c’est mieux de commencer avec un solide réseau/carnet d’adresse.

Expat Value : Quel est l’événement que tu as organisé jusqu’à ce jour dont tu es la plus fière?

Zoé.: En septembre cette année, nous avons préparé le repas pour l’ouverture d’une grande expo: 150 personnes à table, 8 plats. C’était très challenging mais grand succès!

Expat Value : Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent se lancer dans l’activité de traiteur?

  • Premièrement, être passionné! C’est un travail difficile, avec des horaires élastiques (il n’est pas rare d’avoir des journées de 16h debout sur ses pieds).
  • C’est un metier de service, donc être prêt à se plier en 4 tout en gardant toujours sa personnalité!
  • Etre hyper organisé et méthodique, ne pas se laisser déborder par la charge de travail!
  • Avoir un petit carnet d’adresses pour débuter, la concurrence est énorme (à NY en tous cas).
  • Ne jamais se décourager! Au debut, on fait des erreurs, et la seul façon d’apprendre et d’avancer c’est d’accepter ces erreurs.
  • Etre en forme physique!

Expat Value : Et pour la route, tu nous partagerais une anecdote vécue?

zoe-traiteur-2Zoé.: Le premier mariage… Dans un joli jardin à Brooklyn, 50 invités. Nous étions responsable de tout: le repas, la deco, l’éclairage…. Le repas devait être “familly style” (les plats sur la table, à partager). Lorsque mon équipe et moi nous dressons les grandes tables, je réalise que j’ai loué des tables trop étroites, qu’une fois les assiettes, verres, bougies, fleurs en place… il n’y a plus une place pour disposer les plats! (nous sommes à H-2 du repas). Grosse grosse panique! On fait quoi??!!! Heureusement, je travaille avec une équipe ultra pro qui me suggère alors une autre façon de servir, “à la française”! Les mariés n’y ont vu que du feu et le repas a été un grand succès!

Interview réalisée par Blandine Lavaux

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